Le nouveau courtier grossiste, lancé en 2017, a vu ses acquisitions en France et à l'étranger se multiplier ces derniers mois. Stratégies pour se démarquer en période de ralentissement 2022 sera une année difficile pour la grande majorité des acteurs économiques. Mais ce n'est clairement pas +simple... Même dans le domaine de l'insurtech, annoncer une augmentation de 75% du chiffre d'affaires d'une année sur l'autre dans un exercice aussi complexe (surtout accompagné de licenciements continus) fait un peu sensation. Le financement de 90 millions d'euros obtenu par un courtier spécialisé en assurance de spécialités en mars 2022 a naturellement contribué à cette performance. En effet, depuis ce tour de table, il a acquis 9 sociétés, 3 en France et 6 dans quatre pays européens !

Course à la prise de contrôle

"C'est la base du modèle économique +Simple", illustre Florian Graillot du fonds d'investissement astorya.vc. Sa force reste son architecture informatique : plus elle intègre de nouvelles entreprises qui peinent à se développer sur leurs segments, plus les gains de productivité et de rentabilité deviennent importants. Cette boulimie n'est pas entièrement nouvelle, ni internationalisée. Créé en 2015, le « Brokerbot » est à la base du business model de +Simple, lancé en Allemagne en 2019 en partenariat avec Hiscox, puis racheté April Entreprise Est en 2020. Mais le rythme s'est accéléré : selon L'Argus, +Simple a acquis 13 entreprises au cours des trois dernières années.

Outre ces acquisitions répétées, +Simple compte aujourd'hui une quinzaine de partenaires assureurs, bancaires ou de courtage de tailles diverses, d'Allianz à QBE en passant par WTW. C'est une évolution notable ciblant une cible qui a fait l'objet d'un examen minutieux ces dernières années, à savoir les travailleurs des plateformes, notamment les conducteurs de VTC. Par exemple, le courtier, en partenariat avec Malakoff Humanis, a remporté un appel d'offres pour une complémentaire santé pour le compte du groupe G7, tout en ciblant La Banque Postale. En tout, +Simple est capable de couvrir une centaine d'activités différentes et détient même 50% de part de marché auprès du groupe unique des agents immobiliers, notamment en leur fournissant auto, santé, mais surtout en matière de Devis Responsabilité Civile (CR). Enfin, sa plateforme est actuellement utilisée par plus de 7 000 courtiers dans tous les pays où +Simple existe, dont 4 500 en France et plus de 2 000 en Allemagne.

Mais cette trajectoire soulève de nombreuses questions. "+Simple dit qu'il est rentable depuis fin 2021, mais qu'en est-il ? Ils font beaucoup de produits à bas coût, mais quelle est la marge bénéficiaire ?", s'étouffe un courtier marseillais. La rentabilité n'est en aucun cas un sujet nouveau, que ce soit pour l'industrie du courtage ou l'industrie de l'insurtech, mais en période économique difficile, la réalisation de la rentabilité est étroitement surveillée. En ce qui concerne +Simple, il existe des différences dans les données disponibles. L'entreprise a annoncé un chiffre d'affaires d'un peu plus de 20 millions d'euros à fin 2021, annonçant que ce cap rentable a enfin été franchi. Mais ses comptes sociaux - connus de L'Argus - disent tout autre chose : un chiffre d'affaires de seulement 8 millions d'euros est enregistré pour 2021, avec un résultat net de 7,05 millions d'euros... négatif ! Sollicité par L'Argus, +Simple ne veut pas parler... endetté

Malgré cette incongruité, le modèle économique de +Simple, que son président, Éric Mignot, résumait dans notre chronique comme « une industrialisation sur mesure » en 2021, reste clairement attractif pour les investisseurs. Son dernier tour de financement est en 2022, réunissant Eurazeo, KKR et Speedinvest, qui comprend un financement... de la dette. "Techniquement, on est plus proche d'un LBO (leveraged buyout) que d'une levée de fonds strictement", estime Florian Graillot, qui a d'ailleurs exclu +Simple de son classement des meilleures levées de fonds tech du monde en milieu 2022. "L'endettement est encore rare dans le domaine technologique, mais il constitue généralement une preuve de rentabilité", a-t-il ajouté. Un autre investisseur interrogé a souligné que le processus "pourrait être utilisé comme une alternative au capital-risque traditionnel pour les marchés à marges bénéficiaires élevées en construisant l'avenir". Visiblement, cette dynamique ne faiblit pas. De nouvelles acquisitions sont déjà en discussion, et les fonds levés sont (très) loin d'être dépensés.